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Full text of "L'ambassade dv ciel; ov, Sermon povr l'ovuerture du Synode prouincial tenu à Castres le 26. nouembre, & iours suiuans, l'an 1637"

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L'AMBASSAD 

O  V     Cl  EL 

O  V 

v  H  RM  ON    P  O  V  R   L'O 

uerturedu  Synode  Prouin- 
cial  tenu  à  Caftres  le  26* 
Nouembre  ,  &  iours  fui- 
uans ,  Tan  1637. 

Par  TiMOTHEE  Delon 

éMiniftre  de  la  l?ardle 

de    Dieu  en  tEglife 

Informée  de  Mon- 

tauban* 


A  MONTAVBAN. 

Par  P  ie  rre  Code  ne,  pour 
Pierre  Braconier  marchand 
Libraire»  i6%j* 


L'AMBASSADE 

d  v    Ciel. 
o  v 

SERMON, 

Sur  le  verf.  20.  du  Chap* 

5.  de  la  2.  aux 

Corinth. 

Nousfommes  donc  tAm- 
baladeurs  pour  Cbrijl 
corne  fi  ^Dieu  exbortoit 
par  nous  ,  voire  nous 
fupplions  pour  Çhrtft 
que  vous  foyeç,  récon- 
ciliés a  "DietA. 


c 


Efi  vh  titre  dé  gloi- 
re ,  &   vn  éloge 
d'honneur,  àiznc  dS 


4  tzAmbaJpide 
finguliere  confideration, 
que  celuy  qtfEfàye  do- 
nc à  l'Eternel  au  28.  de 
Tes  reuelations  ,  difànt 
qu'il  efl  magnifique  en 
moyens.  Car  n'eft-il  pas 
véritable  qu'en  toute 
î'œconomie  de  &  proui- 
dence  5  il  nous  defploye 
des  mérueilles  à  rauir  les 
Anges,  non  que  les  ho- 
mes ?  Mais  fur  tout  elles 
paroiîTent  auecque  plus 
d'efclat  en  ce  grand  œu- 
ure  qu'il  accomplit  de 
ïioftre  rédemption  ,  là 
où  il  s'eii  fêrui ,  &  fc 
tert  encore  tous  les  ioursy 
de  moyens  fi  propres  & 


du.  Ciel.  5 

iî  conuenables  5  qu'il 
nous  y  donne  à  cognoi- 
lire  vne  fâpience  du  tout 
inénarrable .  Première- 
ment il  y  fait  rencontrer 
d'vn  amiable  accord  fa 
juftice,auec  famifericor- 
de  j  voire ,  la  plus  pro- 
fonde tendreur  de  fes  cô- 
paffions  ,  auec  la  plus 
feuere  rigueur  defesvê- 
geances  5  n'ayant  point 
voulu  que  nous  fuflions 
âuuez,  que  par  de  tres- 
ameres  fouflrances  d'vn 
poids  &  d'vn  mérite  in- 
fini: mais  nous  donnant 
iuy-mefme  celuy  qui  les 
a  volontairemëtfuppo^ 
A3 


6        frçAmbaffade. 
tees?  fçauoir  le  Fils  de 
fâ  dilection  ,  fbn  cher 
ïils  ,   fbn  vnique..  En 
après,  pour  nous  rendre 
effectuellemêt  iouyiïàns 
de  ce  mérite  >  il  nous  le 
fait  présenter  5  ayant  à 
cefte  fin  inftitué  la  pré- 
dication de  fon  Euan- 
gile ,  qui  eft  comme  la 
main  de  Dieu  &  de  lefus^ 
Chrift  noftre  Sauueur, 
nous  offrant  liberalemët 
toutes   &s  grâces  >  Ces 
gloires  y  &  fbn  Paradis  ; 
Si  que  nous  n'auons  qn'£ 
les  embrafler  &  receuoirj 
&  tout  auffi  toftilnous 
eft.  infaillible  d'en  cftrc 


du  QieL  7 

rendus  à  iamais  vraye- 
ment  participans. 

Ce  font  tes  deux  ex- 
ceilens  moyens  du  falut, 
que  ce  grand  vaifleau 
d'eflite  l'Apoftre  fain& 
Paul  joint  err  ce  lieu 
d'vnc  liaifbn  toute  diui- 
ne.  Cy-deuant  il  a  die 
que  nïieu  nous  arecon- 
eilit^  a  foy  far  jfefus 
fôrift,  &  qu'il  efloit  en 
Cbrtft  recociliant  le  mo- 
de à  foy  y  ty  ne  leur  im- 
putant point  leurs  for- 
faits. Voila,  le  pFemier 
moyen  ,  que  Cx  Sagefle 
a  trouué  bon  d*em- 
ployer  pour  cet  œuurc 

*4 


&  ÏAmbafîade 
admirable  de  noftre  fa- 
lut }  c'eft  de  nous  don- 
ner fon  Fils  5  qui  fit  no- 
ftre paix  auec  luy  par 
l'eflfùfion  de  {on  fang: 
adiouftantaufïi  toft,qu'il 
a  commis  à  fes  Apoftrcs 
&  à  leurs  fuccefleurs  U 
mimjlere  de  reconeilia* 
tiony  dans  le  coeur  &la 
bouche  defquels  il  en  a 
mis  la  parole  :  qui  eft 
ïe  iècond  moyen  ;  le- 
quel  voulant  demonftrer 
plus  à  plein  ,  il  en  tire 
cefte  confèquence  con- 
tenue en  ces  mots;  Nous 
femmes  donc  Ambajja- 
datrsfour  Chrift*  ccm~ 


du  ffieL  y 

me  fi  H^ieu  exhortoit 
par  nous  ?  voir*  nsus 
fupplions  four  fârtfy* 
que  vous  fbyez.  réconci- 
lie^ à  ^Dieu. 

Chers  Frères,  à  l'oiïye 
de  ce  texte,  il  n'y  à  pas 
vn  de  vous ,  ie  m'en  a£ 
feure ,  qui  ne  l'ayt  iugé 
très-avenant  j  (bit  qu'il 
ayt  ietté  les  yeux  fur 
cefte  compagnie  extra- 
ordinaire T  qui  fe  trou- 
ue  ici  aujourd'huy  collo- 
ques :  car  quel  plus  ri- 
che fujet  euffions  nous 
peu  choifir  pour  nous  y 
ieruir  d'entrée  &  prépa- 
rer nos  amès  à  vacquer 

A5 


to       l'iAmbaJfadc 
con&ientieufèmét  à  ytit 
d  facree  &  importante 
a<5Hon,  à  laquelle  nous 
voicy  appelez  ?  Soit  qu'il 
ayt  eu  efgard  à  cefte  a£ 
/emblée,  qui  d'ordinai- 
re fe  range  en  ce  lieu; 
ou  à  ceux  mefmes  qui 
des  troupeaux  voifins  y 
peuuent  eftre  accourus. 
Car  n'y  à-t'il  pas  ky  pour 
eux  tous  vne  tres-abon- 
dante  moiflbn ,  &  d'in- 
ftruftions  fàlutaires,  & 
de  douces  constations? 
Icy  le  Do&eur  y  trou- 
uera  fa  leçon,  auffi  bien 
que  le  Difciple  ;  &  le 
Troupeau  de  raefine-, 


du  ÇieL  il 

aon  moins  que  le  Pa- 
yeur. Ce  bon  Dieu  qui 
iadis  fit  couler  ces  bel- 
les &  excellentes  paro- 
les de  la  plume  de  ion 
fain#  Apoftre  ,  veuille 
en  faire  maintenant  dé- 
couler de  nos  bures  vne 
vraye  &  droite  expofî- 
t ion,  qui  redonde,  &  à 
fa  grande  gloire  ,  &  à 
l'édification  éternelle  de 
nous  tous, 

LVne  des  principales 
différences  entre  l'Eglife 
qui  eft  efleuee  là  haut 
dans  le  palais  de  gloire, 
&  celle  qui  traîne  enco- 
re icy  bas  en  ces  taber- 


».  il 


il  t-Atnbajfacfe 
nacles  mortels ,  èft  que 
cëile-ià  eft-remplie  im- 
médiatement &  en  *o***e 
peife&ion  de  la  cognoit 
fance  bien-heureùfc 
Dieu.  Là  n* eft  point  ne- 
ceffaire  l'entremiie  des 
moyens  ;  on  y  contem- 
ple Dieu  fafce  à  face ,  il 
y  eft  tout  en  tous.  D'où 
vient  que  fainâ  Iean  au 
,  21.  de  l'Apoealypfe  nous 
aflêure  qu'en  céfte  vifion 
fi  particulière  qu'il  eut 
de  la  Ierufalem  celefte, 
il  n'y  apperceut  aucun 
Temple,qui  eftoit  le  lieu 
où  s'exerçoit  le  (àeré  M*~ 
nîftere}  ains  (^dioufte-il) 
Dieu 


dit  Çieh 
Dieu  luy  -  mefme  en 
eftoit  le  temple.  Iî  n'en 
va  pas  ainfi  de  l3Egli(c 
xjui  combat  en  la  terre  ; 
là  toute  vne  autre  di£ 
penûtion  e'ft  en  vfage, 
Dieu  y  a  eftabli  l'admi= 
niftration  de  fes  diuins 
myfteres  ,  qu'il  nous  fait, 
ou  annoncer  par  fa  pa- 
role ,  ou  defpartir  par 
fès  Sacremens  :  car  tout 
ainfi  que  le  feu  qui  eft 
dans  fà  fphere  au  deflus 
de  la  région  de  l'air  n'a 
point  befoin  d'aliment, 
pour  (a  confèruation , 
ny  de  fbuffle ,  pour  (on 
opération  :  mais  celuy 
A 


14  tvdmbajfade 
duquel  nous  nous  fer- 
uons  ça  bas  ne  (è  peu* 
paflfer,  ny  de  pafture,  ny 
d'eftre  allumérainfi  quâd 
nous  ferons  là  haut  en 
noftre  vray  lieu,  noftre 
cognoiffance  n'aura  plus 
befoin  d'eftre  nourrie  de 
la  parole  vny  le  feu  de 
noftre  zèle  allumé  parles 
cxhortatious  :  mais  tan- 
dis que  nous  fommesen 
la  terre,  fans  doute,  &ç 
noftre  cognoiflance  pe- 
riroit ,  &  noftre  zèle  s'é- 
teindrçit  r  fi  l'vn  &  l'au- 
tre n'eftoit  fecouru  par 
ks  inftru&ions  &  les  adr 
monitipns  des  fêruiteurs 


du  Çitl  ij 

de  Dieu.  Ce  n'eft  pas 
que  Dieu  ne  peut  ope^ 
rer  les  mefmes  effe&s 
fans  Temploy  des  moyës 
&  le  fèruice  d^s  hom- 
mes:  ja  n'aduienne  que 
nous  bornions  le  Saindt 
d'Ifraél,  &  donnions  des 
limites  àfapuiflance>qui 
eftant  infinie  n'en  reçoit 
que  de  Ca  feule  volonté» 
Voyez  ,  en  la  perfbnne 
du  brigand  repentant* 
la  main  de  Dieu  qui 
produit  immédiatement 
dans  le  cœur  de  cet  ho- 
me, vne  conuerfion5qui 
ne  vient  d'ordinaire  que 
par  le  miniftere  de  lapa- 
B  2 


rôle:  afin. qu'en  cet 
emple  vous  recognoif- 
fiez,  que  quand  ce  pre- 
mier &  fouuerain  Agêt, 
met  en  œuure  les  eau- 
les  fécondes  5  ce  .11 
point  par  neceffité,  mais 
par  gratuité  ;  l'indigen- 
ce ne  l'y  pouffe  iamais> 
c'eft  la  (euie  indulgen- 
ce j  il  y  eft  efineu  par  le 
bien  qui  en  reuient  à  fes 
fidèles ,  &  par  la  eloire 
de  Ion  nom.  Car 
1  U  s'accommode  en 
cette  forte  à  noftre  infir- 
mité-, &condefcend  à-  la 
baffefle  de  noftre  portée* 
qui  eft  telle,,  que -tandis 


du  Ciel. 
que  nous  fommes  : 
fejour  terrien  ,  nous  ne 
pouuons  {uppofter  qiè'a- 
uecvne  mortelle  frayeur 
la  voix  de  Dieu  y  qui 
immédiatement  va  ira- 
pant  nos  oreilles  :  tçf- 
moin  les  Ifraélites,  o-uâd 
ils  difènt  tous  tremblans 
à  Moyfe  au  2o.dei 
ode.     Toy   farte   auec 
nous ,  e^"*  »0#.r  efcoute- 
rvns  :  mais  que  Dte- 
parle point  auec  nom 
peur  que  nom  ne  mm- 
rions  :  à  .caiift  dequey 
Dieu  nous  fait  paxkj;  a- 
uec  plus  de  famtlia: 
par  des  hommes  ienibla- 
A? 


18  tAmbajfade 
blés  à  nous  en  toutes 
choies. 
2  Ceft  auffi  vne  voye, 
qui  eft  fort  conuenablc 
à  noftre  Nature,  que  la 
grâce  ne  deftruit  point. 
Le  Créateur  dés  le  com- 
mencement ,  ayant  mis 
vne  telle  correspondan- 
ce entre  ces  deux  par- 
ties ,  Pâme  &  le  corps, 
dont  nous  fommes  corn- 
pofêz ,  que  toute  la  co- 
gnoiflance  qui  eft  en  nos 
âmes  vient  neceflaire- 
mentdes  fens  corporels, 
qui  font  comme  les  por- 
tes ,  par  lefquelles  les 
amages  des  obiets  eç- 


du  Qel.  tp 

trent  &  font  imprefïion 
au  dedans  de  nous.  Qui 
efHa  raifbn  pour  laquel- 
le Dieu  a  voulu,  que  l'o- 
beyflance  de  noftre  foy 
procédât  de  l'ouye  de 
fa  parole  3  comme  l'in- 
fidélité &  la  rébellion 
de  nos  premiers  parens, 
eftoit  venue  de  l'ouye 
de  celle  du  ferpent. 
3  Adiouftez  à  cela  la 
fèureté  de  noftre  fàlut 
qui  s'y  rencontre  ,  n'y 
ayant  point  de  doute, 
que  fi  nous  eftions  feu- 
lement  enfeignez  au  de- 
dans du  cœur  par  l'Ef- 
prit  de  Dieu  >  il  &roit 
B.j 


20  ïoÀmbaJfade 
fort  à  craindre  que  nous 
prinfions  des  fantaifies 
vaines,  âcs  enthoufiaf- 
mes  &  creufes  imagina- 
tions. 5  pour  des  inf pira- 
tions celeftes  &  mouue- 
mens.du.iàinâ  Efpnt: 
afin  donc  qu'il  y  eutvne 
reigle  aflfeuree  en  l'Eglfc- 
fey  .&  qu'on,  ne  peut»  ny 
s'y  tromper  fby-meime> 
ny  deceuoir  autruy,Dieu 
jious  a  donné  fesfain- 

j  ctes  Elcritures  pour  nous 
eftre  expofèes  &  appli- 
quées par  (es.  feruireurs. 
Ce  qid  a  efineu  Eiàye  à 

u.  ^'Joindre  ces  deux  bénéfi- 
ces enfemble  que  Dieu 


du   Qel.  -  2ï 

confère  à  fbn  peuple  5 
(çauoir  fon  Efprit  &  fa 
Parole,  ks  enfeignemens 
de  tous  les  deux  côftituâs 
ea  efFe&  la  reigle  totale 
de  noftre  foy.  le  dis  la 
reigle  totak  $  parce  que 
quand  nous  fbuftenons, 
que  la  parole  de Dieueft 
la  feule  reigle  5  &  de  no- 
ftrefoy,&  de  nos  mœursi 
nous  l'entendons  à  l'ex- 

cluflOn      deS      ÎTS^iVi'^nc 

humaines  ;  mais  non  de 
ces  documës  intérieurs, 
que  nous  donne  ce  di- 
uin  &  celefte  Douleur: 
car  auifi  ne  font-ils  nul- 
lement differens  de  ceux 


22  toÀmbaJfade 
de  la  parole  quant  à  là 
chofè  mefme  ;  mais  tant 
feulement,  quant  à  la 
manière  de  les  difpêfer. 
4  D'abondant  5  pour 
que  l'EgKfe  foit  rendue 
vifible  &  cognoiflable , 
&  qu'ainfi  les  Efleus  s'y 
peuflènt  plus  ayfement 
ranger  &  fè  fauuer  de- 
dans cefte  Arche  du  de- 
luge  de  l'indignatiô  Di- 
uine  j  qui  -s'efpand  dir 
tous  les  autres  hommes 
qui  en  font  hors  ;  &  que 
l'vnion  des  Chreftiens 
fut  plus  fermement  en- 
tretenue ,  &  leur  édifia 
cation   mutuelle  >  plus 


du  CieL  23 
puiflamment  procurée, 
les  fain&es  afTemblees 
y  eftoyent  fort  vtiles,  le£^ 
quelles  ne  Ce  peuuent 
mieux  former,  que  par 
ceft  ordre  facré,que  Dieu 
a  eftâbli  au  milieu  de 
fbn  Egiife  ,  félon  que 
fàindt  Paul  nous  l'ap- 
prend-au  4.  des  Ephef. 
diiant,  qu'il  adonné  les 
ynsy  pour  ejîre  Apojîres', 
les  autres  pour  ejîre  Pro- 
phètes >  £r  les  autres  , 
pour  ejîre  Euangelijîes  s 
&  les  autres ,  pour  ejîre 
Pajîeurs  &  'Voiïteurs  s 
pour  l'ajfemblagedes  SS. 
pour  l'œuure  du  mini- 


24       t'Ambajptde 
fier  es  jour  l'édification 
du  corfs  de  Chrijl. 

5  Finalement ,  ça  efté 
pour  fa  gloire  ;  qui  y  re- 
luit auec  toute  fplen- 
deur.  L'honneur  &  la 
gloire  d'vn  Prince  pa~ 
roift  en  la  multitude  de 
les  Officiers  ,  au  nom- 
bre de  {es  Ambafladeurs. 
Ceft  pourquoy  le  Fils 
dé  Dieu  nous  a  bien 
parlé  luy-mefine  durant 
l'eftat  de  fon  humilia- 
tion :  mais  à  prefènt  qu'il 
eft  efleué  à  la  dextre  de 
la  Majefté  de  Dieu  es 
îreur  très-hauts  ;  il  ne 
nous  parle  plus  que  par 

la 


du  QeL  25 

la  bouche  de  tant  &  tant 
d'Ambatëadeurs,  qu'il  nous 
a  enuoyés  &  nous  enuoye 
encore  tous  les  iours.  Ce 
qui  fans  doute  eft  vne 
marque  de  Ton  exaltation: 
&  qui  fert  encore  de  re£ 
pofè  à  cefte  demande  qui 
pourrait  eftre  faite  ,  pour- 
quoy  Dieu  voulant  com- 
mettre cefte  AmbaiTade 
à  fes  créatures ,  ne  l'a  donc 
pluftoft  donnée  aux  An- 
ges y  que  non  pas  aux 
hommes  ?  Ceft  que  Dieu 
(è  plaift  à  Ce  magnifier 
en  la  petitefle  des  inftru- 
mens  qu'il  employé.  Car 
comme  cela  releuoit 
C 


2.6  l\*Ambaffade 
dauantagc  iâ  gloire  quand 
ri  abbatoitles  ennemis  de 
fon  peuple ,  par  vne  De- 
bora,  vn  Barac  >  vn  San- 
gar  ,  &  tels  autres  vils  & 
trop  foibles  organes  , 
pour  de  fi  grandes  &  no- 
tables deliurances  }  que 
s'il  y  eut  employé  les 
Alexandres  &  le$  Çefàrs, 
auec  leurs  puiflantes  ar- 
mées, Ainiî  pour  fe  ren- 
dre glorieux  &  admira- 
ble en  fes  Sain&s  ,  il  a 
pluftoft  choifi  les  hom- 
mes, que  les  Anges  pour 
fauuer  ion  peuple ,  &  le 
deliurer  de  la  main  de  (es 


du   (fiel.  z*f 

ennemis.  Car  (  comme  a 
ttesbien  remarqué  fur  ce 
fujet  vn  ancien  Père  de 
l'Egïife)  n'efl-ce  pas  chofe  , 
du     tout    merueitleuje  ,Hom.zM 
qu'y  ne    bouche    terrejlre^u] 
mette  ta  mort  en  fuite,  de- 
/lie  les  peche^  ,  reforme 
la  nature  corrompue,  & 
faffe  que  la  terre  deui en- 
ne  ciel?   En  cela  (dit-il) 
ï admire  la  puiffance  de 
"Dieu. 

Ce  femmes  nous  donc3 
ce  fbmmes  nous ,  ô  hom- 
mes frères  5  qui  auons  efté 
eftablis  pour  eftre  *Ambaf- 
fadeurs  pour  (fhrift.  Il  eft 
bien  vray  que  ce  nom  ap- 

C2 


28        taAmbajfad'e 
partient  d'vne  façon  parti- 
culière aux  Apoftres  ;  qui 
à  caufe  des  prerogatiues , 
donc  ils  ont  efté  aduanta- 
gez,  5  ont  eu  la  charge  la 
plus  excellente,  qui  iamais 
ayt  efté  ,  ou  qui  foit  en 
l'Eglife  de  Dieu  :  mais  cela 
pourtant  n'empefche  pas, 
que  tous  les  Pafteurs,  qui 
leur  ont  fuccedé  ?  ne  puif- 
fent  porter  cefte  qualité-là, 
quoy  que  non  pas  en  vn 
degré  il  émirent  que  les 
Apoftres  :  Atousconuien- 
nent  ces  diuers  noms  dont 
ils  font  qualifiez  t%  Efcri- 
tures  Saintes >  eftans  ap- 
peliez, tantoft  le  fel  de  U 


de  fiel.  ï$ 

terre ,  ores  la  lumière  du 
monde  ,  parfois  fauueurs 
des  hommes  >  fouuent  An- 
ges  &  Hérauts  de  juflice: 
mais  far  tous  celuy  d'Am- 
bajfadeurs  four  Chnft  5  à 
quelque  chofè  de  fpeciaî^ 
qui  nous  fait  voir, 

i  Qu'ils  font  en  la  pla- 
ce de  Chrift ,  reprefentans 
ù.  perfonne  ,  comme  fait 
tout  Ambafladeur  celle  du 
Prince  qui  l'enuoye*  Ce 
qui  eft  vn  chara&ere  bien 
euident  de  l'authorité  roy- 
ale du  Fils  de  Dieu,  com- 
me ayant  efté  efleué  pour 
Dominateur  &  Prince  en 
Hraël >  &  comme  tel  par 


3©  tAntbaJfade 
confequent  ayant  le  droit 
dont  iouyflent  les  Roys 
tTenuoyer  des  Ambafla- 
deurs  :  en  mefme  façon , 
que  quand  nous  femmes 
nommez  fès  Prophètes  > 
Douleurs  ou  Annoncia- 
teurs de  ià  Parole  >  fâ  char- 
ge de  fbuuerain  Prophète 
en  l'Eglifè  nous  eft  claire- 
ment defignee.  Carjc'eft 
ici  où  il  faut  fbigneufè- 
ment  obfèruer  la  différen- 
ce ,  qui  fe  trouae  entre  ces 
deux  offices  vdont  nous 
venons  de  parler  j  &eeluy 
de  Sacrificateur.  Ceft  que 
quant  aux  offices  de  Roy 
&  de-  Prophète  >  le  Set* 


du  Ciel.  jr 

gneuc  Iefus  en  l'exercice 
d'iceux  fe  fert  bien  du  mi- 
niftere  des  hommes ,  qu'il 
conftituèfous  luypourfès. 
Àmbafladeurs  &  (es  Pro- 
phètes :  mais  il  n'en  va 
pas  de  mefine  de  celuy  de 
Sacrificateur:  car  ceft  office 
confîftant  en  ces  deux  foi>- 
étions,  l'oblation  &  lin- 
terceffion,  il  n'y  peutauoir 
fous  lefus-Chrift  aucune 
charge  ?  ny  d'offrir  fora 
corps>ny  d'intercéder  pour 
nous ,  comme  prétendent 
ceux  de  Rome,qui  de  tous 
leurs  Pafteurs  en  ont  fait 
autant  de  Sacrificateurs  du 
corps  de  Chriftj  &  de  tous 

ç4 


les  Sainfts  &  Anges  autant 
d'IntercefleurSoQue  fi  no9 
youlons  fonder  la  raifon  de 
cefte différence,  elle  nous 
fera  voir  combien  eft  mal 
fondée  la  vocation  de  ceux 
qui  font  tousjours  après  a 
nous  demander  raifon  de 
la  noftre,  laquelle  k  trou- 
uera  auoir  vn  appuy  très- 
folide.  Ceft  que  lefus- 
Chrift  comme  Médiateur 
entre  Dieu  &  les  hommes 
a-  deux  diuers  genres  de 
fondions  >  les  vnes  qu'il 
îuycôuient  faire  des  honw 
mes  enuers  Dieu  ,  &  les 
autres  de  Dieu  enuers  les 
hommes.  En  celles  la  qui 


/  du  cieL  ;j 

concernent  fon  office  deH'&,f,Iê 
Sacrificateur  ,  il  n'y  em- 
ployé ny  les  hommes  ny 
ks  Anges >  il  les  fait  par 
fby  -  mefme  immédiate- 
ment ;  d'autant  que  fe  fai- 
iàns  enuers  Dieu  pour  fa- 
tisfaire  à  fa  Iuftice  &  ap- 
paifer  ion  ire  5  elles  doi- 
uenteftre  entièrement  par- 
faites &  dVne  yaleur  in- 
finie :  Afin  donc  ,  qu'elles 
nc(c  refîentent  du  deffaut 
&  de  la  foibleffe  5  qui  eft 
tousjours  ez  créatures  5  il 
les  accomplit  luy-me{me 
fans  leur  interne  tion.  D'où 
vient  que  jamais  l'Efcri- 
ture  du  Nouueau  Tefta- 


34  tAmhaJfade 

ment  ne  donne  ce  nom  de 
Sacrificateur  aux  Pafteurs^ 
mais  bien  généralement  a 
tous  fidèles ,  pour  d'autres 
raifbns  qui  ne  font  a  ce 
propos.  Mais  quant  aux 
chofès  que  lefus  -  Chrift 
fait  de  la  part  de  Dieu  en- 
mers  les  hommes  il  fe  fer* 
d'ordinaire  du  miniâere 
des  hommes  mefmes  >  par- 
ce que  le  defïaut  qui  s'y 
peut  rencontrer  n'empet 
che  pas  pourtant  l'accom- 
pliflement  de  fon  eeuure. 
Or  ces  cho&3  ici  regar- 
dent fes  deux  autres  offices 
de  Roy  &  de  Prophète, 
pour  l'exercice  defquels  & 


du  ciel.  55 

parole  nous  afleure  >  qu'il 
a  fès  Ambafladeurs  &  Ces 
Miniftres ,  félon  qu'il  nous 
en  appert  de  ce  lieu.  Par 
la  donc  5  vous  voyés  .que 
noftre  vocation  ,  qui  eft 
d'eftre  Ambafladeurs  & 
Miniftres  pour  Chrift  a 
fon  fondement  fur  la  Pa- 
role de  Dieu  &  la  droite 
Raifbn  :  au  lieu  que  cefte 
vocation  ,  qui  eft  fi  prifèe 
en  l'EgVUê  Romaine ,  (ça- 
4Xoiv  de  Sacrificateur  du 
corps  de  Chrift  >  n'a  point 
de  fbuftien  fur  l'voe  >  ny 
fur  l'autre. 

2.  Et  neantmoins  ce  ti- 
tre ici  que  nous  vous  ex- 


g6  l'Ambajfade 

pofbns  ;  nous  monftre  en 
fécond  lieu,  qu'il  faut  tenir 
fa  vocation  de  Chrift,  eftre 
enuoyé  &  appelle  par  luy. 
Car  ou  eft  l'Ambafladeur 
qui  aille  jamais  nulle  part  <> 
fans  eftre  légitimement  dé- 
légué par  ion  Prince?  Ceft 
a  faire' aux  faux  Pafteurs 
dont  fait  mention  le  Pro- 
^m,2*pheté  ^  jccourîr  fans  eftre 
enuoyés  &  de  prophetizer 
fans  que  Dieu  Idfcr  ayt  par- 
lé. Ici  donc  eft  neceffaire 
la  vocation  intérieure  qui 
gifti»  à  eftre  doué  des  grâ- 
ces propres  a  l'édification 
de  l'Eglife.  ^.  &  pouffé 
d'vn&iitâdeftr  a  embfùf 

fer 


du  deL  $y 

fer  cette  charge  ,  pour  y 
glorifier  Dieu  &  aduancer 
ton  règne.  Mais  auffi  y  faut 
il  la  vocation  externe,  qui 
eft  d'eftre  appelle  par  ceux 
qui  en  ont  le  pouuoir,& 
(muant  l'ordre  que  Dieu 
en  a  preferit  en  fa  parole. 
Si  tu  trouues ,  mon  Frère, 
ces  conditions  en  toy  \  Se 
que  orientes  que  Dieu, 
comme  iadis  le  Prophète 
à  lehu  5  t'a  oingt  en  fècret  *.  a* 
des  grâces  de  Ton  Efprit ,  \ 
&  t'a  touché  le  cœur  pour 
te  confacrer  du  tout  à  fon 
feruice«>  &luy  dire  dedans 
cefêntiment  auec  Ieremie? :  Wd.r. 
0  Ettmd  tum'as  attraits 
D 


5  8        toAmbaJfade 

6  ïay  eflé  attrait:  tu  as 
efié  plus  fort  que  moy?  & 
as  eu  le  dejfus.  Et  qu'en- 
core tu  fois  appelle  par 
ceux  qui  en  ont  receu  de 
Dieu  l'authorité  ,  &  par 
les  formes  qu'il  nous  or- 
donne dedans  fon  Efcri- 
ture  ;  lors  peux  -  tu  eftre 
certain  en  ta  oonfeience 
de  ta  vocation  :  certitude 
qui  e&dyvnc  merueilleufe 
efficace  ,  &  que  tout  Pa- 
freur  doit  auoir  en  foy  à 
l'exemple  ;dë  TApoftre  en 
ce  iiçu,  qui  Bit  uns  aucun 
doute  *  ains  auec  toute  af- 
feurance,  Nous  fîmes  jtm~ 
hàff^deurs  peur  C^*fî' 


du   fiei*  ■<;> 

3  Les Ambafîadeurs  font 
bienexadement  informez 
àvs  defleins  &  de  la  vo- 
lonté du  Prince  qui  les  en- 
uoye,  &  doiuent  eftre  tous 
remplis  d'aflècïion  de  l'ac- 
complir. C'eft  auffi  aux  Pa- 
rbeurs  r:  d'eftre  bien  au. 
cez  en  la  cognoiffance  de 
la  volonté  de  Dieu,  llfout 
c^ils  puiflfent  dire  comme 
Ïe&s-Chrift  à  Nicodeme,  7 
ce  que  nom  [canons  nom 
le  difonS)  &  qu'ils  s'em- 
ployent  auec  foin  à  '; ac- 
quisition de  la  fo  du 
falut  r  n'en  é&kÀî  pas  âè 
nous    eéfttfïîé  "éès    hè 
ftres^  dont  h  fcietié 
C 


40         L'AmbéLjfade 
infufèrnous  ne  la  pouuons 
poflfeder  qu'auec  vn  eftude 
aiïdu  5  &  vne  diligence 
continuelle»  Quelle  honte 
donc    aux   Miniftres    de 
ChriiL  qui  s'cmpeilrêt  des 
affaires  du  monde ,  ne  s'a- 
donnansarien  moins  qu'à 
i'efludc  des  fain&es  let- 
tres ?  Dont  il  ne  faut  s'e£ 
bahir  5  s'ils  font  peu  co- 
gnoififans   des   mémoires 
^que  Iefu$-Chrift  leur  amis 
.en  main ,  pour  ne  les  a- 
.uoir  guère  leus  ny  médi- 
tez. Pi  moy  en  tonfeien- 
,  quel  moyen -as-tu  d'é- 
clairer autruy*  luuestoy 
mefcie  en  ténèbres  ?    de 


du  ÇieL  4* 

guider  les  autres  5  a  tu  ne 
fçais  la  voye  ?  ce  ï  ;  3  icr 
rouuerture  des  fcems  du 
ciel  y  û  tu  n'as  la  clef  de 
feience  ?  Non  non  !  ncx'z- 
bufe  point  >  il  faut  que  le 
Pafteur  fott  bien  s^frts 
quant  au*  Royaume  dùMaitil^ 
cieuxs  eftant  f&nbUhle  à  ' 
vn  père  de  famille  qui  tire 
defonthrefor-  chojh  mx*.- 
uelles  &  anciennes  :>  mais 
comment  les  en  -tirer  ?>&■ 
éks   n'y  font  pas  ?  N'ei- 
pargnons  donc,  peint  nos* 
veilles  ny  nos  foins  pour 
meure  ces  trefbrs  de*  i; 
pience  &  d'intelligence  au 
dedans  de  nos  cœurs^na 
D3 


42  tAmbajfade 
que  de  là  nous  les  pui£ 
as  tirer  ,  pour  les  de£ 
partir  aux  troupeaux  qui 
nous  iont  commis.  2.  Voi- 
xe ,  les  départir  auec  vne 
afre&ion  pleine  de  véhé- 
mence: car,  e?eft  vne  cho- 
'  fe  digne  d'vn  Pafteur  > 
quand  il  eft  femblable  au 
yaijjean  y  auquel  Elihu 
s'accompare  au  32.de  lob* 
qui  n'ayant  point  d'effor-> 
efi:  prefi  de  fe  creuer  ,  i* 
fmgrosy  (di{bit-il)  dépar- 
ier. La  parole  de  Dieu 
doit  eftre  en  nous>  conv 
^  %oj9  me.  iadis  en  Ierejmie  >.  y  ri 
feu  enferré,  en  nos,  os  5  Si 
qu'elle  n'y  puiffe  pointa 


du  Ciel.  43. 

meurer  fans  fe  faire  fentir 
au:  dehors*  Il  nous  faut 
eftre  pouffez  du  mefme 
efprit  qui  difoit  aux  Ro- 
mains >  ie  defire  ardant-^-^ 
mit  de  'Vous  départir  quel-  ' 
que  don  fytrttueL  ^lefài- 
ions  donc  point  l'œuure 
de  Dieu  lafchemem  :  tra- 
vaillons-y  pendant  qu'il 
eft  iour.:  car  lefus-Chrift 
nous,  aduertit  au  s*  de 
iaînd  leaa ■.,  que  la  n»i& 
yientrque  nul  ne  pourra 
frAuaiïïer. 

4  Mais  à  la  vigilance*     * 
attachons-y  la  fidélité:  & 
comme  c'éft  ledeuoirdes 
Ambaffadeurs  >  de  n'ou* 

t>4 


44  ïaAmbajpide 
trepafler  point  les  mémoi- 
res qui  leur  ont  efté  bail- 
fez  :  ainfi  que  lies  Patte urs 
qui  portent  œ  titre  >  n*a-> 
uâcent  ïamaisrien  au  delà 
de  la  chaîne  qiii  leur  a 
efté  donnée  par  lefiis- 
Gbrift  y  àlfam  à  fès  Àpo- 
ftres  y  alUz  e£*  màrfhïtuk. 

gtrmïdt£t&dnr*ûuto.càipii 
te  njott&>  ay  cûmmondé. 
Suuiant  quoy  (am£t:  Paul 
fe  œfcuuenant  de  &conr 
dition  qu'il  nous  met  ky 
€ifc  auant  d'AiiAaflackur 
pout  Ghidft^proiEftoit  aux 

**•      kgiUé  te  quïil,  auoit  wcm 


du  Ciel  45 

du  Seigneur.  Et  inftrui- 
ûxït  ion  Difciple-  Timo- 
thee ,  &  le  voulant  façon- 
ner a  eftre  vn  bon  &  fidèle 
Pafteur  ,  il  luy  dit  >  qtitl 
fur  de  le  kon  depo.fi ,  &  re-  i.T»». 

•  /  .  J       I. X3.14* 

tienne  le  vray  patron  des 
faines  paroles  iju'il  auoit 
ouyes  en  foy  &>  eharité. 
Faifant  fans  doute  allufion 
à  ce  patron  du  culte  de 
Dieu ,  que  Moyiè  vid  fur 
la  montagne  ,  &  duquel 
l'Eternel  Tauoitpar  exprés  €x,ilff 
chargé  de  ne  s'efloigner4°> 
point.  A  la  mienne  volon- 
té  ,  chers  Frères,  que  tou£ 
iours  les  Pafteurs  enl'E- 
glife  Chreftienne  fefuflênt 


4^  kïAmbaJfade 
religieusement  acquitez  de 
ce  deuoir  !  Nous  ne  ieriôs 
pas  auiourd'huy:  en  peine 
<k  réfuter  la  Meffè  >  les  In- 
dulgences y  le  Purgatoire* 
l'inuoeation  des  Sa:n&s: 
le  mérite  des  œuures  y  la 
Tranflubffetratio»  &  fe 
Jblables  do<ftrine&>  que  vo* 
fçatiez  tousefke  des  plan- 
tes >  qui  om  bien  creu  dâs 
le  champ  du  Seigneur  9 
mais  fans  que  fa,  main  les 
ayt  iamais  plantées,  ny  fes 
Apoftres  arroufees,  ny  que 
fa  Vertu  leur  ayt  donné 
îaecroiffcment.  Deoenans 
donc  fages  pat  Pexempie 
du   dommage   d'autruy, 


du  Ctel.  47 

pratiquons  fidèlement  la 
leçon  que  l'Eternel  don- 
noit  autresfois  à  hr,  de 
fcs  Prophètes  :  Fils  d-e 
IhommeU  fay  ejiahUpour^'^ 
guette  à  la  maife  ttlftael. 
tu  efcGUteras  donqu.es  les 
paroles  de  ma  bouche  ,  0* 
les^iduertirœ*  de  par  tKoy* 
Et  corne  dit  fainCè  Pierre. 
que  celuy  qui  parle  cnllL- 
glife  ,  ftrle  les  paroles  de 
*Di$u.  Prenez  garde  à 
ceey  ,  voU6  4jui  ne  vous 
plaifèr  qu'aux  paroles^  at* 
trayantes  de  la  fapienee 
humaine  ,  &  qui  penfez, 
bien  Satisfaire -i  vaftre  do 
uoir,  ^and  voué^ecer* 


48       i'ïÀmbajfade 
chez  auec  peine  des  do- 
ctrines ou  paroles,  qui  font 
eftrangeres   de  l'Efcriture 
Sainûe,  c'eft  à  dire,  pre- 
nez peine  à  mal  faire.  Que 
fi  iadis  le  peuple  Romain 
fut  extraordinairement  ef- 
meu  contre  Néron ,  pour 
leur  auoir  fait  venir  durant 
la  famine  vn  Nauire  char- 
gé de  fable ,  pour  s'esba- 
treaux  jeuxdelaluitte,au 
lieu  de  pain  pour  les  nour- 
rir: en  quelle  indignation 
ie  vous  prie  >  n'entrera  le 
peuple  Chreftien  contre 
les  Pafteurs  ,  qui  au  lieu 
des  bonnes  &   faluraires 
do&rines  pour  paiftre  & 
raffafter 


du  C/W*  49 

raflfailer  leurs  ames,ne  met- 
tent en  auant  que  le  fable 
&  la  poufliere  des  que- 
stions curieufès  ou  dis- 
cours aflfetez,  propres  à  la 
vanité ,  mais  nullement  au 
iàlut  ?  Mais  pourquoy  fais- 
je  mention  de  l'indigna- 
tion <les  peuples  ?  La  co- 
lère ardente  de  l'Eternel 
eft  bien  plus  à  redouter, 
qui  s'embrafèra,  fans  dou- 
tera Rencontre  d'iceux^non 
moins  que  iadis  contre 
Nadab  &  Abihu  ,  pour 
luy  auoir  offert  vn  leu  et-  *. 


srange. 


%  Mais,comme  cefte  qua- 
lité d'Ajpbaffadeur  pour 


50  lkmbajfa.de 

Chrift,  fert  de  borne  à  no* 
ftre  charge  pour  nous  te- 
nir renfermez  dans  nos 
mémoires  :  auffi  nous  anb- 
met-elle  d'vne  fainde  har- 
dieflfe  ,  pour  n'apprehen- 
hender  point.  Car  fi  l'Àm- 
bafladeur  qui  eft  enuoyé 
par  vn  grand  &  puiflant 
Monarque  ,  paroift  tout 
iours  hardi  ,  &  ne  feint 
point  de  dire  tout  ce  que 
lbn  maiftre  luy  a  comman- 
dé :  Nous  >  mes  Frères , 
qui  iommes  Ambaflfadeurs 
^"^•^dcceluy  à  qui  toute  puif- 
fance  a  efté  denee  au  Ciel 
&cn  la  terre,  qui  parlons 
au  Nom  du  grand  Dieu 
des  Cieux ,  ferions-nous 


du  Ciel.  fi 

faifis  d'vne  telle  frayeur  * 
que  de  n'ofèr  aduancerce 
dont  il  nous  a  chargez? 
Parlons  donc  à  tous  ceux 
qui  font  fous  noftre  con- 
duite auec  liberté  ,  aux 
grands  auffi  bien  qu'aux 
petits  i  non  voirement  [ 
que  cette  liberté  doiue  ia> 
mais  pafler  en  licence,  ny 
le  fcele  en  témérité  :  car 
Dieu  n'approuue  point  vn 
efprit  hargneux ,  qui  ne  fo 
plaift  qu'aux  repreheniiôs 
de  ceux  qui  font  efleuei 
ert  vne  condition  &  au- 
thorité  eminente  :  mais 
auffi  veut-il  que  ians  au- 
cun déchet  de  l'honneur 
E  2 


£2  tçAmbaJfada 
qui  leur  eft  deu  ,  nous 
les  redarguions  de  leurs 
vices  auec  vne  fâinde 
prudence  &  modeftie,  de 
peur  qu'autrement  noftrei 
rciped  ne  degeneraft  en 
conniuence  ,  &  noflre  fn 
lence  en  trahifbn.  Dieua- 
uoit  anciennement  defen- 
.  .  du  le  miel  aux  fàcrifices, 
n.dMi.mais  y  auoit  commandé  le 
ièl  :  pour  monftrer  qu'en 
xom.is.  ccfte  fàinde  oblation  fpi- 
rituelle  qui  fe  fait  des  fide 
les  par  la  Prédication  de 
TEuangile  >  nous  en  dé- 
lions bannir  la  flateriej 
mais  n'y  épargner  poini 
l'afprctédes  ccnfnres.  Soi 


té 


du  fiel.  53 

moy  donc,  vn  Moyfe,con- 
trc  les  Pharaons  5  vnElie, 
contre  les  Achabs  ;  vn  Da- 
niel contre  les  Balthazars; 
&  vnlean  Baptifte$  con- 
tre les  Herodes.  Garde  que 
Tefclat  des  dignitez  mon- 
daines n'esblouyfle  tes 
yeux  y  ou  que  la  crainte 
de  leur  authorité  ne  gkce 
\ts  paroles  en  ta  bouche* 
fu  appartiens  à  vn  bon 
Maiftre  dont  la  protection 
&  l'aflîftanee  ne  te  defau- 
appoint, 

6  Iedisl'affiftance.non 
feulement  pour  te  garan- 
tir de  tous  màUx?  àtrfàét' 
que  '&  glbire &  ton  falue 


54  tvimbaffade 
le  requerra  :  mais  auflî  $ 
pour  te  combler  dé  fêsdôs 
&  t'enrichir  de  fes  faueurs.. 
Car  c'eft  la  différence  qu'il 
eft  bon  ici  de  remarquer 
entre  les  Ambaflàdeurs  de 
Chrift  y  &  ceux  des  Rois 
de  la  terre.  Ceux-ci  ne 
peuuent  efperer  de  leurs 
Princes  les  qualitez  necef- 
faires  à  leur  geftion  >  ilfaut 
que  d'eux-mcfmes  ils  les 
apportent»  Mais  quant  à 
ceux-là  ils  font  aflcurez* 
que  n'ayans  rien  en  eux  > 
v  fcr^.^i  les  rende  fuffifans  pour 
*'•  leur  vocation  :  ce.  grand 
Sauueur  lçs  employant» 
ks  anoblit  de<  toa^s  ks 


du  cieL  55 

grâces  qui  font  vtiles  à 
leurs  charges:  ne  plus  ne 
moins  que  Dieu  ayant  ap- 
pelle Betfaleel  àlaconftru- 
dion  du  tabernacle  char-**"**1 
nel  ,  il  le  remplit  der  fon 
Efprit  en  fagefle,  en  intel- 
ligence, en.fcience>&  en 
tout  artifice.  Que  donc  ta 
foibleflene  t'eftône  pointj 
leMaiftre  qui  t'a  poulie  en 
fon  ceuure  y  renforcera  ton 
bras,&  accomplira  û  puif- 
fance  en  ton  infirmité. 

7  Infirmité ,  de  laquelle 
il. faut  que  pour  t'accoura- 
ger>tu  deftourneslaveuë, 
&  la  fiches  fur  la  dignité 
&  l'excellence  de  ta  voca- 


j6  tÂmbaJfade 
tion^.que  ce  titre  d*Am* 
bajfadtur  nous  met  icy.à 
tous  auiourd'huy  cteuapt 
les  yeux.  Voulez -vous 
voir  vn  pourtmit  racour- 
ci  de:  la  dignité  à$  cefte 
charge  •■,  ï.  Regâr<k& 
à  te  grandeur  de  ce- 
luy  qui  nous  erttioye.  2. 
Coiotemple^  imminence 
an  {tàf&z  pour  lecfuel  riotfà 
femmes  déléguez.  Celuy 
qui  nous  enuoy€>  c'cftle 
Fils  éternel  de  Dfêt*v$* 
Bxxy  :^Roy^y&la  9çi- 
gneur  des  Saignas*  de~ 
uant  qûimrarûbini  U  Mar 
'  'jtfté.  ûr  la  tâagfHfitetoce  : 

f 


du  CitL  57 

en  fon  Sanfîuaire.  Le  fu- 
jet  de  noftre  Ambaflade, 
c'eflr  pouc    accomplir  le 
chefd'œuure  des  mains  de 
l'Eternel ,  pour  manier  fon 
fceptrevpour  tenir  les  clefs 
&  garder  les  féaux  de  fon 
Royaume.  Dieœcrea  bien 
fans  nous  &  le  Ciel  &  la 
terre  :  mais  voici  qu'il  nous 
gratifie  tant  que  de  iè  fer- 
uir  de  nous  en  vn  plus  ma- 
gnifique ouurage,  en  la 
cr^atiô  de  nouueaux  cieux 
&-  de  nouuelle  terre  ;  de 
ces    nouuelles    créatures 
qui  font  Ces  Efleus  &  fès 
enfans.  Sans. nous,  il  peu- 
pla l'air,  la  mer  y  la  terre 
E  S 


I.   Cor. 


58  l'Àwbajfade 

d'habitans  :  mais  il  nous 
fait  cet  honneur  vque  de 
nous  employer  pour  en 
peupler  le  ciel.  O  faueur 
immenfe^ô  grâce  ineftima- 
bleijuïquesJa  qu'il  nous 
efleue  ace  haut beriode  de 
gloire,  que  de  .nous  rendre 
fes  côoperateurs  &  coad- 
juteurs auecluy.  Àduoùés 
donc^hreftkns^  qu'il  n'jr 
apointfbsrbs.le  foleil  vne 
dignité  comparable. a  cel* 
le-cy.  C'eft  pourquoy  l'A-* 
poftreauj.  de  kxu  àTimo-» 
thée  l'appelé  njne  ceuun 
excellente.  Wncauure^  par- 
ce que  ce  n'eft  point  vne 
dignité  oifenfe  >  &  en  Ja^ 


du  Ciel.  59 

quelle  on  puifle  s'adon- 
nera l'aife  &  a  la  iecurité  : 
maisauffi  belle  &  excellen- 
te ,  parce  que  ce  n'eft  pas 
vne  œuurequi  (oit  abjede 
&  (èruile ,  mais  releuee  8e 
du  tout  honnorabîe. 

8  Cequiparcontequenc 
nous  doit  faire  digérer 
doucement  toutes  les  a- 
mertumes  ,  &  furmonter 
genereufèment  toutes  les 
difficultés  qui  fe  rencon- 
trent en  ■Padmmiftration 
que  nous  auo ns, 

9.  Et  a  vous,  troupeaux, 
cefte  dignité  qui  ett  en  fa 
charge  de  vos  Pafteurs, 
vous  doit  eftre-vn  motif  a 


60  ÏAmhajpide 

leur  rendre    toute  l'affe- 
ction 5  lerefpe<2  &  la  retie- 
rence  que  vous  leur  deués. 
lfe/r'i'Ayés-les  cômcSaind  Paul 
*-Tw»-J- l'ordonne  enfouueraina- 

17*  .         J 

mour>  &  les  réfutés  dignes 
de  double  honneur.    «Gar- 
dés-vous  fur  vos  âmes  de 
tout  mefpris  &  outrage  en 
leur  endroit.  Les  perfonnes 
&  le  droid  des  Ambafla- 
deurs  a  efté  parmi  toutes 
nations  eftime  fàcré  &  in- 
?i^uiolable.  Les  loix  ciuiles 
vkiToa  &  en  font  toutes  pleines  de 
/.T.^^teimoignages  :  juiques  la 
«%?'  qu'on  a  tousjours  vengé 
fort  afprement  les  injures 
qui  leur  eftoiêt  faites.  Ro- 
me 


du  Ciel.  61 

me  a  creu  autresfois,  que  . 
ce  luy  eftoit  vue  cauie  iur-^ 
filante  pour  deftruire  Co- 
rinthe  l'œil  de  la  Grèce  , 
qu'vn  outrage  que  Tes  Am- 
baffodeurs  en  auoient  re~ 
ceu  :  &  vous'  feauez,  tous 
la  vengeance  que  print  vn 
Roy  dliraël  des  enfuis  de, 
Hamraon  pour  auoir  mal 
traité  fes-  Ambaffadeurs. 
En  combien  plus  forts  ter- 
mes le  grand  Dieu,  qui  eft 
fi  jaloux  de  fà  gloire,  & 
de  celle  de  (es  feruiteurs, 
vengera -il  feuerement  le 
mefpris  &  le  tort  qui  leur 
fera  fait  ?  ObeïflTez  donc, 
ô  hommes  !  à  cefte  voix 
F 


6z  ïoArnbajfade 
qui  vous  crie  du  ciel ,  Ne 
r^if'l6HoHcbezifoint  a  mes  oïngts, 
O*  ?ie  faites  point  de  mal 
a  mes  Prophètes.  Penfez 
que  le  bien  ou  le  mal; 
l'honneur  ou  le  diffame 
quelesPafteurs  reçoiuent, 
Iefus-Chrift  fe  1  impute 
fait  à  foy-mefme,  leur  di- 
iî/^Mcfint  en  TEuâgile,  qui  vous 
Lil:.io.i$rcçcit  il  me  reçoit  '>  qui 
vous  rejette,  il  me  rejette. 
la  Mais  comme  le  peu- 
ple doit  reputer  fes  Pa- 
yeurs dignes  d'vn  grand 
honneur  :  auffi  faut-il  que 
les  Pafteurs  s'en  rendent 
dignes,  Ce  comportans «co- 
rne il  eftfeantàvne  figlo- 


du  QicL  6\ 

rieufè  &  importante  voca- 
tion à  laquelle  ils  font  ap- 
pelez. Côbien  feroit  blaf- 
mable  l'Ambaffadeur  d'vn 
orand  Prince,  qui  ne  fçau- 
roit  tenir  Ton  rang ,  &  dôt 
les  mœurs  &  la  contier- 
fation  n^auroient  rien  de 
correfpondant  à  la  dignité 
de  la  charge  ?  Ayans  doc 
ceft  honneur,  que  d'eftre 
Ambaffadeurspour  Chrift, 
ne  faut-il  pas  que  nous  me- 
surions noftre  vie  à  l'excel- 
lence &  à  la  fainéteté  de 
noftre  empîoy  ,  pour  y  re- 
luire en  toute  forte  de  pu- 
reté &  d'innocence  :  ne 
feparans  *iamais  en  nous  5 
F  z 


64  tAmbajfade 
non  plus  qu'en  foy  l'an-' 
rien  Souuerain  Sacrifica- 
teur ,  le  Turnmim  d'auec 
tVrim ,  c'eft  à  dire  l'inté- 
grité d'vne  bonne  cons- 
cience 5  d'auecv  U  lumière 
d'vne  \:  raye  do&rine:  nous 
reprefentans  toujours  en 
nos  efprits  celuy  dot  nous 
tenons  la  place  >  qui  eft  le 
Sainâ  des  SS.  &  duquel 
nous  deuons  nous  rendre 
*t<f5îMi.  imitateurs  ,  pour  que  les 
autres  s'en  rendent  auffi 
de  nous.Car  comme  lefus- 
Chrift  nous  eft  vn  modèle 
;  lequel  il  faut  que  nous 
nous  conformions;  ainfi, 
eft- il  conuenableque  nous 


du  Qel  65 

fbyons  le  patron  du  trou-  i.r;^i 
peau  :  tefmoignans  que  ÏJ* 
Dieu  agit  &  opère  auffi 
bien  en  nos  avions ,  par 
l'efficace  de  Pefprit  de  fa 
fain<5ïeté  ,  comme  en  tou- 
te noftre  Prédication,  par 
la  vertu  de  fa  diuine  lu- 
mière. 

Selon  que  pour  ce  der- 
nier ici  ,  S.  Paul  nous  le 
propofe  en  fuite,  adiouflâr 
à  ces  premières  paroles  que 
Nous  fornmes  *Ambajfa~ 
deurs  four  Çhrift  ?  celles- 
cy  comme  fi  "Dieu  exhor- 
toit  far  nous.  Ce  5  comme 
n'y  eftpas  employé  pour 
nier  ou  douter  de  lachofc- 


*     3 


66       tzAmbaffade 

mais  pour  la  confirmer: 

fie»n    carilrefpodavne  parncu- 

?£Z* lequ^cefte force  en lalâ- 

*p  guc  Hébraïque  ,  dont  le 

mnoNTI  ftyle  eft  fbuucnt  rete- 

Kâsfa'JW  Par  les  Eicriuains  du 

confirma  Nouueau  Teftament  :  ie- 

■voyc'x^en  Ion  que  de  ceftui-ci  vous 

Gmfif.  en  auez  vn  exemple  bien 

33-uof.  illuftre  au  i.  de  faind  Iean, 

xp.       ou  il  eit   dit  ?  que  ncm- 

nuons  contemplé  la,  gloir 

re  de  £hrifl>  comme  de 

tvnique   ijfu  du  fein  du 

Vere.   Là  ?  ce  commEj 

n'eft  pas  mis  pour  nier  ou 

reuoquer  en  doute  >  mais 

au  contraire  pour  aflfeurer 

tant  plus  que  lefus-Chrift: 


du  Ciel.  6y 

eft  véritablement  l'vnique 
iflii  du  feiii  du  Père.  l'A- 
poftre  donc  par  cefte  me£ 
me  façon  de  parler  nous 
donne  icy  pour  certain  que 
^Dieu  exhorte  far  nous, 

L'exhortation  eft  prifè 
en  ce  lieu  pour  toute  la 
Prédication,  comme  au  13. 
des  Adcs  ,  &  en  maints 
autres  endroits  de  l'Efcri- 
ture ,  qui  entend  le  Tout 
par  {%  partie  principale  , 
l'exhortation  eftant  com- 
me l'ame  de  la  Prédication 
Toute  noftre  Prédication 
eft  vn  glaiue  jftrituel^h^.ij 
comme  le  fàinâ  Efprit  la 
nomme  :  mais  glaiue  donc 

f4 


68  tAmbaJfade 
le  tranchant  &  la  pointe 
eft  l'exhortation.  Sans  elle 
noftre  Predicatiô  ne  pour- 
roit  retrancher  le  prépuce 
de  vos  coeurs ,  ny  percer 
iuîques  au  plus  profond 
de  vos  ames>  ou  il  faut 
neantmoins  qu'elle  par» 
uienne.La  parole  que  nous 
vous  annonçons  eft  appe- 
jemn.^lec  <~un  feu  y  mais  feu  dont 
*•  la  lumière  eft  bien  en  l'ex- 
plication y  mais  la  chaleur, 
la  force  &  l'ardeur  eft  en 
l'exhortation.  Iugez.  donc 
par  là  combien  l'exhorta- 
tion eft  importante  &  ne- 
reffaire.  Les  Payens  éclai- 
rez des  feules  bluettes  de 


du  ciel.  59 

la  lumière  de  Nature5ont 
recognu  cela  y  tenans  touf- 
iours  ouuertes  les  portes  du 
têple  de  leur  DeeflTe  Horta; 
côme  pour  dire  que  les  ho- 
mes eftoient  dans  vn  be= 
{bin  perpétuel  d'eftre  ex- 
hortez &  admonneftez 
de  leur  deuoir.  Toute  la 
Prédication  donc,  eftant 
ici  comprit  fous  le  mot 
d'exhorter  >  elle  eft  rappor- 
tée à  Dieu  5  S.  Paul  nous 
diiànt  que  Dieu  exhorte 
par  nous. 

Et  de  vray  il  faut  bien 

que  ce  foit  Dieu  qui  agiC- 

fe  dans  le  cours  de  noftre 

roiniftere;  car  d'où  que  de 

F-5 


jo  tvimbajfade 
fa  force,  pourroient  procé- 
der les  grandes  &  admira- 
bles chofès  qui  en  font 
produites  ?  Baaillonner  les 
Démons,  vaincre  les  En- 
fers ,  abbatre  les  Idoles, 
triompher  du  péché ,  ré- 
duire les  plus  grâds  Roys 
du  monde  à  s'humilier  de- 
uant  lefus-Chrift ,  à  cour- 
ber leurs  fceptres,  &  ietter 
bas  leurs  Couronnes  au 
pied  de  fa  Croix  :  bref 
amener  les  penfees  des  e£ 
prits  les  plus  rebelles  cap- 
tiues  &  prifbnnieres  fous 
fon  obeïffance.  Le  chan- 
gement que  noftre  Predi- 
catiô  opère  dans  les  coeurs 


du  CîeL  7Î 

cft  tel  y  que  ny  les  hom- 
mes ny  les  Anges  n'en  peu- 
uent  eftre  autheurs;  ains 
celuy  feul  qui  par  vue  pui£ 
fonce  infinie ,  a  tiré  dés  le 
commencement  la  lumière 
du  milieu  des  tenebres,& 
la  beauté  du  monde  de 
l'horreur  dVn  informe 
chaosJl  n'y  a  que  Dieu  qui 
puifle  créer  &  refufciter. 
Or  la  conuerhon  de  l'hom- 
me eft  vne  œuure  de  plus 
haute  lice  5  que  ny  la  Créa- 
tion ny  la  Refurreétion. 
En  la  Création  il  a  com- 
muniqué aux  hommes  vn 
eftre  naturel  &  muable;  au 
lieu  qu'en  la  conuerfion, 


72        kzÂmbaJfade 
il  imprime  au  pécheur  des 
quaiitez  toutes  diuines  & 
immuables,  qui  font  com- 
me autant  de  rayons  dé 
fon  Eternité ,  images  de  fa 
ïuftlce  s  -&  participations 
de  fa  Nature.  Et  quant  à 
la  Refurredion ,  raifonnez 
en  cette  forte  ,  qu'autant 
que  l'ame  furmôte  le  corps 
en  excellence  ;  autant  fans 
doute  la  Conuerfion  de 
Tame  eft  vne  œuure  rele- 
uee  au  deflus  de  la  Refur- 
re&ion  du  corps  ;  à  qui 
donc  cefte  œuure  fi  ex- 
quife  peut-elle  appartenir 
qu'à  Dieu  ?  Quand  Moyfe 
d'vne  houffine  en  fa  main 
dompte 


r 
- 

ipîe  lorgueilde  Pha- 
rao5  &  fait  fourdre  l'eau  des 
rochers  ;  &  quand  au  fon 
du  cornet  des  Sacrifica- 
teurs ,  les  murs  de  Ierico 
s'affaiflTentyqui  dira  que  la 
main  propre  de  Dieu  n'y 
operaft  ?  Qui  donc  le  re- 
uoqueroit  en  doute ^  quâd 
nous  vainquons  la  rébel- 
lion des  plus  grands  pe- 
cheursjfaifbns  fondre  leurs 
coeurs  plus  durs  que  les 
rochers  en  larmes  de  re- 
pentance ,  &  qu'au  fon  de 
la  parole  que  nous  pre£ 
chons  croulent  les  murs 
de  Babylon  \  &  tombe  ce- 
lle feparation  que  le  pèche 
G  [ 


J.6. 


74  tAmbajfade 
met  entre  Dieu  &  nous.  < 
Riche  enfeignement  à 
nous  Pafteurs,  pour  nous 
apprendre  à.  n'attribuer 
point  à  noftre  adrefle,  fça- 
noir  ç  ou  éloquence,  ce  dot 
ia  gloire  eft  deuè  fblidai- 
^remem  à  Dieu  (culJ^uiefi 
Taul ,  &  qui e fi  JpoUosy 
finon  Mmifires  par  les- 
quels <~vom  aue^cre#}Voi- 
re  comme  le  Seigneur  a 
do7iné  a  chacun  ?  VauI 
plante  &  zApollos  arrou- 
Je }  mais  c'ejl  'Dieu  qui 
donne  t accr  oijfemët.  Vou- 
ions nous  donc  voir  du 
fruitî  de  nos  labeurs?  priôs 
le  Maiftre  de  la  moifïbn, 


du  Ciel.  75 

qu'il  y  épande  &  vertu  fru^ 
&ifiante,  qu'il  y  fafic  leucr 
le  Soleil  de  fa  grâce ,  & 
découler  la  rofee  de  fa  be- 
nedi&ion:  Car  fi  le  ciel 
eft  d'airain,  la  terre  fur  la- 
quelle nous  {emons  ne  fera 
que  de  fer. 

Et  vous  auffi  y  Fidèles, 
vous  auez  ici  voftre  leçon, 
apprenez-en  à  receuoir  la 
parole  de  vos  Pafteurs  co- 
rne les Theffaloniciês  celle 
du  faind  Apoftre  ,  non, :rhe^Zt 
point  côme  parole  d'hom-1^ 
me  i  mais  ,  ainfi  qu  elle  eft 
véritablement,  comme  pa- 
role de  Dieu  opérante  en 
vous  auec  toute  efficace. 

G    2 


76  l'A) 

fcfléuez  5  eikuc? 
m  dcffusde  celle  C 
Ne  vous  arireftez.'p 
l'homme  qui  vous  pa- 
drciTcz    ?        peniecs  iut* 
qûes  à  Dieu.  Oeil  luy  feui 
qui-  par  la  vertu  fait  toutes 
les  merueiiîes  que  noftre 
M  inif  fere  produit  :  donc  t 
ïuy-en  la  gloire.  Et  cepenr 
dant  puis  qu'il  exhorte  & 
prefche  par  nous, fléchie 
chez  à  nosremonftraiices, 
ployez    à   nos   adrnoni* 
tions  ,  oheyilez  à  noftrè. 
parole ,  &  vous  en  fendrez 
des  effèdts  falutaires.Quâd 
a.%M-  Elifce  ordonna  à  Naaman 
u°>\  ""de  fe  baigrcrparfèptfois 


du  cieL  77 

dans  le  fleuue  du  lordain 
pour  guérir  de  fa  lèpre,  de 
prim'  abord  il  mefprifoit 
l'ordônance  d'Eliièe.  £htoy . 
(difbit-il)  Les  fie  nues  de 
Damas*  Abana  &  rPar- 
fhar  xe  font-ils  pas  meil- 
leurs que  le  fleuue  du  lor- 
d#inî  follicité  neantmoins 
par  fes  fèrukeurs,  d'obeïr 
à  la  parole  du  Prophète, 
il  ne  fc  fut  pas  pluftoft  bai- 
gné dedans  ce  fleuue,  qu'il 
m    reçeut  guerifon.  Pé- 
cheurs, combien  de  fois 
vous  arriue-il  de  roeir 
fer  &  les  paroles  &  k>  p 
fonnes  des  (eruiteurs 
Dku?  Mais  fi  cornidenr 
G3 


78  iAtKbajJkdc 
que  c'eft  Dieu  qui  parle 
&  cômande  par  eux  >  vous 
leurs  obeyfifiez  &  mettiez 
en  exécution  ce  qu'ils  vous 
difent  ;  ne  doutez  point 
qu'il  ne  vous  arriùaft  le 
mefme  qu'à  Naaman,vous 
en  auriez  vne  ame  toute 
nette,  &  guéririez  de  vo- 
ftre  lèpre  fpirituelle  quieft 
ie  péché. 

Et  certainement  leur  paro- 
le eftaufïi  bien  digne  d'o- 
beyflance ,  puis  qu'elle  eft 
accompagnée  d'vneiigrâ- 
de  douceur ,  que  celle  qui 
nous  efticy  reprefentee  es 
dernières  paroles  de  ce 
textes/Vf  (dit  l'Apoftre) 


du  Ciel.  79 

TlôUffappliïnspour  Chrifi 
quew&s  foyez  réconciliez 
k  Dieu. 

i  Celte1  rcprife  en  ee  moîr 
ivoire  -,  eft  d'vne  grande 
énergie  ,  tant  pour  nous 
confirmer  de  plus  en  plus 
ee-  qu'il  vient  de  nous  dire, 
que  pour  émouuoir  da- 
uantage  nos  coeurs.  Car 
il  faut  confefler  que  c'eft 
vne  façon  de  parler  bien 
pathétique.  Que  donc,  à 
4'exemple  de  faind:  Paul 
en  ce  lieu  ,  les  Pafteurs 
foient  ardens.Quand  il  eft 
queftion  d'exciter  les  affe- 
ctions d^s  hommes ,  &  les 

poner  à  là  pieté ,  les  pen- 
C4 


8a  ïzAmbajfade 
fées  ne  doiuentjxnntcftre 
tiedes>  ny  les  paroles  lan- 
guiflantes  :  il  faut  que  l'e£ 
prit  foit  tout  bouillant  de 
zèle,  &  de  là  naiftront  & 
des  penfees  &  des  paroles 
pleines  de  vehemence^qui 
feront*  comme  dit  l'Ecde- 
t  f  ;ilt  fiafte,  Semblables  a  des  ai- 
2i-  guillons  qui  fe  fichent  bien 
tuant  dans  les  cœurs. 

A  cela  mefme  fe  rap- 
porte le  terme  iuiiMyJÇç&s 
fupfUosfour  fôfltfl.Chor 
(è  eftrange  !  ils  ont  l?autho^ 
rite  de  commander  &  ils 
fupplient.  ReçogooîiFefc 
mes  Frères  >  en  ce  ftyîe  Toe* 
sonomie  fous  laquelle  vo* 


-   ÇieL  Si 

elle  cil  toute  d'a- 
nifyde  grâce  &de  be- 
pire.  En  ces  iours-là, 
faye>  parlant  de  ces 
nps  bien-heureux  )  Les 
montagnes  diftilleront  la 
douceur.  Sous  la  Loy  les 
menaces  eftoient  plus  fré- 
quentes y  les  rigueurs  plus 
grandes  ?  &  les  feueritez 
plus  efpouuantabtes,  dont 
vous  auez  l'image  ez  e£ 
clairs  &  ez  brandons  de 
feu  qui  fê  voyoient  ;  ez  tê- 
pertes  &  ez  tonnerres  qui 
retentiflbient  fur  la  mon- 
tagne de  Sina.  Mais-matn- 
tenant  fous  l'Euangile,  on 
n'oit  que  promettes  de  gra- 
G5 


82  tAmbajfade 
ce ,  que  paroles  de  béni- 
gnité. Depuis  la  naiffance 
de  lefus-Chriftau  monde, 
toutes  ces  anciennes  ri- 
gueurs ont  efté  modérées; 
toutes  ces  afpretcz  ont  efté 
adoucies,  comme  on  re- 
marque que  le  Soleil  en- 
trant  du  figne  du  Lion  en 
celuy  de  la  Vierge,  tempè- 
re {bn  ardeur  &  fe  monftre 
plus  doux  aux  hommes. 

Mais  l'Apoftre  enchérît 
par  deffos,  quand  il  adiou- 
fte  que  c'eft  four  Chrtft 
que  nous  (upplions.  Ceft 
à  dire,  non  feulement  au 
Nom  de  Chrift,  mais  par 
les  dileftiôs  de  Chrift,par 


du  Ciel.  83 

toutes  les  comparions,  les 
grâces  &  les  mifericordes 
quQ  Dieu  a  lî  abondam- 
ment déployées  en  Chrift. 
Bon  Dieu  !  que  ces  attraits 
font  forts,  ce  font  la  vraye- 
ment  les  cordeaux  d'hu- 
manité ,  &  les  liens  d'aflfe- 
âion  dont  parle  le  Pro- 
phète. Cordeaux  &  liens, 
bien  efficacieux  fans  më- 
tir,pour  no9  attirer  à  Dieu, 
&  nous  attacher  à  tout  ce 
qu'il  demande  de  nous» 

Tant  plus  encore  que 
ce  qu'il  demande  de  nous 
concerne  noftre  propre 
bien,  &  vn  bien  Ci  grand 
que  d'ejlre  réconcilie^  à 


84         tPimbaffaJe 
'Dieu.  Nos  péchez  ne 
ont  diuifèz  dauec  Diei^& 
rendus  fes  ennemis,  ayans 
prouoqué  contre  nous  fa 
cholere  &  irrité  les  yeux 
de  fa  gloire.  Nous  auons 
donc  befbin  d'eftre  recon- 
ciliez auec  fa  Majefté.   Il 
eft  bien  vrayque  cefte  re- 
conciliation  nous  a  efté 
deiîa  méritée  par  la  mort 
de  Iefùs-Chrift,mais  il  faut 
qu'elle   nous  fbit   appli- 
quée. Pour  cefte  fin  elle 
nous  eft  offerte  en  la  Pré- 
dication de  l'Euangile,  & 
c'eft  en  icelle  qu'on  nous 
femond  de  la  receuoir  par 
lafoy.  Ceftce  qu'entend 

icy 


du  ChL  85 

icy  le  fàinâ  Efprit,  quand 
il  dit  que  les  Pafteurs  nous 
fuf  client  pwr  fôrift  que 
nous  [oyons  réconcilie^  à 
^Dieu*  C'eft  à  diçe  ,  que 
nous  embraffions  par  vne 
ferme   confiance  la   paix 
que  lefus-Chrift  a  faite 
pour  nous  auec  (on  Père, 
&  que  nous  renoncions 
coût  à  fait  à  Satan,  au  pé- 
ché^ au  monde5qui  nous 
tiennent  en  guerre   auec 
luy  ;  eftant  certain  qtfauflî 
toft  Dieu  fera  appaifé  en- 
tiers  nous,  il  nous  pren- 
dra à  mercy,&  nous  com- 
blera de  fes  biens.  Ceft 
xlans  cefte  paix  de  Dieu 
H 


H6  tAmbafoéte 
que  confifte  toute  noftre 
félicité.  La  poflcdans ,  les 
Chérubins  ne  nousparoif* 
fent  plus  auec  lames  de 
feu ,  pour  nous  empefcher 
l'abord  du  Paradis  de  Dieu: 
Au  contraire  les  Anges 
font  employez  pour  y  por- 
ter nos  âmes ,  comme  cel- 
le du  Lazare.  En  ceft  eftat 
l'Enfer  nous  eft  fermé,  le 
Ciel  nous  eft  ouuert:  Dieu 
efpand  fa  dileftion  en 
nos  amos  ;  il  nous  fait  ùr 
uourer  les  douceurs  de  fès 
bontez:  v.oire,il  nous  cou- 
ronne de  (es  çompaffions, 
-&  nous  rafïafîe  tant  &  plus 
defesgratuiteZjnous  rein- 


du  Ciel.  87 

pliflant  le  cœur  d'vne  ioye 
qui  eft  inénarrable  &  glo1 
rieufe. 

Fideles,qui  eftes  vraye- 
nient  recôciliez  auec  Dieu, 
que  vous  eftes  heureux  de 
pofleder  vn  fi  grand  bien  ! 
N'enuiez  point  le  .bon- 
heur des  mondains  >  le  vo- 
ftre  eft  bien  tout  autre: 
il  eft  fblide ,  mais  le  leur 
eft  la  vanité  mefme  :  il  e$ 
permanent  >  voire  éternel j 
mais  le  leur  eft  tranfitoire 
&  fè  pafle  bien-toft  :  il  eft 
accôpagné  de  plaifirs  inef- 
fables ,  &  fera  fuiui  d'vn 
poids  de  gloire  excellëmët 
excellent  ;  mais  le  leur  eft 
H  2 


>.T.  S 


88  thmbajfade 
méfié. de  chagrins ,  d'en- 
utes,de  craintes  &  de  trou- 
bles qui  les  rongent  &  agi- 
tent fans  cefTe  au  dedans , 
&  fe  terminera  en  tour- 
mês>en  regrets  &  en  pleurs 
qui  ne  finiront  point. 

Mais  5  mondains  \  fî 
vous  n'auez  point  de  part 
à  cefte  reconciliation  auec 
Dieu  &  au  bon-heur  qui 
la  fuit  5  à  quoy  l'impute- 
rez-vous  qu'a  voftre  feule 
malice  &  infidélité  ?  Voila 
Dieu ,  qui  efmeu  de  pitié 
enuers  vous,  l'a  acquife  en 
faueur  des  croyans  par  le 
fang  de  fon  Fils ,  &  vous 
l'offre  encore  maintenant 


du   £iel.  89 

par  la  Prédication  de  ion 
Euangile,  &  vous  la  refil- 
iez. Il  faut  bien  dire  que 
vous  eftespaflionnezàvô- 
ftre  propre  ruine  5  que  de 
tter  û  dédaigneufemêt 
ces  richcfies  de  grâce  ,  ces 
thrtfors  de  paix,  que  Dieu 
vous  présente.  Il  vous  fo- 
licite,  il  vous  coniure,il 
vous  fupplie ,  par  ce  qu'il 
a  de  plus  précieux  $  &  qui 
à  vous,  vous  doit  eftre  plus 
cher  ;  par  les  diïettions  de 
Ion  Chrift  5  par  les  corn- 
paillons  de  fbn  Vnique  : 
&  vous  îifc  Voulez  point 
ouurir  l'oreille  ny  le  cœur 
aux  fupplications  de  v: 


H  3 


ftre  Dieu  !  O  endurcifiè- 
ment  des  hommes,  que  tu 
es  grand  !  qui  ne  telaiflès 
vaincre  à  des  femonces  fi 
douces  &  fi  amiablesjmais 
fi  fortes  &  fi  violentes  tout 
enfemble  !  Pecheur,à  pey- 
ne  vn  homme  ton  fembla- 
ble  te  prie-il  5  que  tu  n'en 
ibis  efmeu ,  quand  mefme 
ce  feroit  pour  retirer  de 
toy  quelque  bien.Ceft  ici, 
non  pas  vn  homme  mor- 
tel 5  mais  le  grand  Dieu 
viuant,  qui  te  prie  ;  &  te 
prie  au  Nom  de  ton  Sau- 
ueur,  de  celuy  qui  t'a  ay- 
iné  plus  que  &  propre  vie, 
Si  que  tu  dois  par  coofe^ 


dn  ciel.  £î 

quent  aymer  plus  que  la 
tienne  :  &  te  prie  encore* 
pourquoy  ?  non  pour  t'a- 
uoir  quelque  chofè  du  tië: 
mais  au  contraire  pour  te 
donner  :  Geluy  -  la  ièroit 
repute  fol  entre  les  hom- 
mes ,  qui  ne  reccurcit  pas 
les  dons,  qui  fc  pcuuent 
légitimement  prendre*  fur 
tout,  quand  ils  font  grads 
&  précieux.  Et  qu'eft-ce 
de  tous  les  biens  des  ho- 
mes, en  comparaifcn  des 
grâces  dont  il  te  veut  en-r 
râhir  ?  ne  requérant  de 
toy y  fînon  que  tu  les  ac- 
ceptes &  que  tu  les  reçoi- 
iiçs*  Mais,  voicy  qui  va 

»4 


$2  t '  oAîhbajfade 
plus  auant ,  bien  loin  au 
delà  de  toute  cogitation 
humaine.  Ceft  qu'il  nous 
faut  reprelenter  Dieu 
comme  noftre  grand  & 
Souuerain  luge,  d?s  Ar- 
refis  duqu  -y  a  point 

d'appel:  l'homme  à  ceft 
efgard  tout  chargé  de 
griefues  offences,toutcou- 
uert  de  crimes  atroces  c<> 
mis  contre  la  Majefté  Di- 
uine  y  ne  pouuant  par  ton* 
fequent  attendre  quVnê 
condamnation  aux  peynes 
éternelles  :  Et  toutesfois 
Dieu  luy  en  offre  fon  par- 
don &  (a  grâce  &  ce  aueë 
fupplkatdon^  &  l'homme 


du  ciel.  93 

la  rejette!  Qu'y  a -il  icy 
plus  à  admirer ,  ou  l'excez, 
de  la  mifcricorde  de  Dieu, 
ou  l'excez  de  l'obftination 
de  l'homme  ?  Que  Dieu 
{bit  fi  clément  &  plein  de 
charité,  que  de  vouloir  at- 
tirer éeluy  qui  l'a  fi  outra- 
geufernent  offèncé,  &  l'at- 
tirer encore  de  la  difgrace, 
à  fon  amour  :  du  fupplice, 
à  ion  Throfne  :  de  l'Enfer, 
à  fon  Royaume  :  &  que 
l'homme  foit  fi  endurci  au 
mal  &  aliéné  de  Dieu,  c'eft 
à  dire  de  fon  propre  bien, 
qu'il  ne  tienne  aucun  com- 
pte d\n  offre  fi  avanta- 
2;eufe  !  Qui  eft  le  criminel, 
H  5 


5>4  t'Ambarffade 
qui  refufa  iamais  \t  pardô; 
de  ion  Iuge5ou  le  fubjet  re- 
belle la  grâce  de  fô  Prince? 
Dieu  te  prefente,  ô  hom- 
me, par  deffîis  ion  pardoiv 
&  fa  gracerfçauoir  fa  gloi- 
re 5  fbn  Paradis  ,  fa  Cou- 
rône  éternelle.  Pelé  y  pefè* 
naoy  à  bon  efcient  ces 
dons  &  tu  trouueras,  ie 
m'en  affeure  5  que  toutes 
les  chofes  que  le  monde 
te  peut  offrir  ,  ne  font 
qu'vn  néant  au  prix.  Quite 
moy  là  donc  ces  vanitez 
que  le  monde  adore ;  at- 
tache -toy  à  Dieu  ,  qui 
ert:  l'vnique  obied  de  ta 
béatitude,  vi  aueclePro- 


du  CieL  95 

phete  ,  Adhérer  à  Dieu  Tf.  7$. 
c'eji  mon  bien. 

Mais,  il  eft  temps  que 
nous  venions  à  la  conclu- 
iîon  de  cz  propos,  pour 
quV:i  chacun  -de  nous, 
tourne  fain&ement  à  (on 
vfage  tout  ce  que  nous  a- 
uons  ouy. 

Pour  ceft  effed:,ie  com- 
menceray  par  «nous ,  que 
Dieu  a  appelez  au  facré 
Miniftere.  Méditons,  mé- 
ditons attentiuement,  mes 
tres-honnorez  Frerçs,  l'ex- 
cellence ,  la  'difficulté  & 
les  deuoirs  decedo  fain#e 
charge;  dont  Dieu  nous  a 
honnorez  en  fa  maifon* 


9<5  ttAtvbaffade 
Ilefpondons  a  l'excellen- 
ce par  vne  vraye  pieté  :  à 
la  difficulté ,  par  vn  trauail 
qui  nous  (bit  affidu  :  &  aux 
deuoirs  par  vne  vigilante 
ibllicituderafin  qu'on  puif» 
fedire  denous,cequeNa- 
zianzene  difoit  de  Fainft 
Athanafe ,  fçauoir  que  fà 
parole  eftoit  comme  vu 
tonnerre  ;fhai$,  que  fa  vie 
en  eftoit  l'éclair. 

Que  donc  comme  ce 
tonnerre  dont  il  eft  parlé 
au  Pleaume  2p.  qui  abbat, 
qui  brife,  &  qui  fait  auor- 
ter.  Ainfî  noftre  Prédica- 
tion ab batte  tout  orgueil 
&  hauteflfe,  qui  s'efleue 

contre 


du  ffifk  97 

Dieu  &  ion  Chrift;  qu'elle 
bri{c  la  dureté  des  coeurs 
les  plus  empierrez  :  &  faiTe 
auorter    les   hommes  de 
leurs  iniquke'z,  voire  mou- 
rir les  fêmeraces  du  vice  au 
dedans  d'eux.  Et  quant  à 
noftre  vie  ,  qu'elle  foit  vnc 
lumière    qui    refplendifle 
aux  yeux  de  tout  le  mon- 
de,  en  toute  forte  de  bon- 
nes Geuures,defaind:es& 
louables  avions  5  fcmbla- 
ble  à  l'éclair  qui  paroiflant 
àfainél  Pierre  dans  la  pri- 
son, &  frapant  fbneofté, 
luy  fit  aufli  toft  tomber  les 
chorifnes  &  des  pieds  &  des 
mains  :  qu'auffi  l'exemple 
I 


V.rr.:>. 


p8  tAmhajfade 
de  noftre  bonne  vie  luifc 
fi  clairement  &  frape  fi  for- 
tement à  l'ame  de  nos  pro- 
chains ,  qu'il  détache  tous 
les  liés  du  peché5dôt  Satan 
&  le  monde  les  tiennent 
garrotez^  &  les  mette  en 
la  liberté  des  enfans  de 
Dieu.  Aymons  fur  tout , 
aymons  chèrement  nos 
troupeaux,&  pour  l'amour 
d'eux  &  l'avancement  de 
leur  falut  :  Eftudions-nous 
à  nous  reueftir  de  plus  en 
plus  de  fcience  >  pour  les 
inftruirerde  prudence,pour 
les  conduire:  de  charité, 
pour  les  édifier:  de  zèle, 
pour  les  enflammer  au  1er- 


du  Ciel.  99 

uice  de  Dieu  :  &  de  con- 
corde, pour  les  tenir  vnis 
&  ferrez  par  le  lien  de  paix; 
afin  que  comme  ils  ne  font 
tous  quVn  mefine  corps  : 
ils   n'ayent  au  (fi  &  qu'vn 
cœur,  &qu'vne  amc.  C'eft 
ainfi ,  que  nous  nous  ou- 
urirons  la  grande  forte  &  r 
d'efficace,  dont  parle  fainâ  i*.* 
Paul.  C'eft  ainfi  que  nous 
nous  rendrons  approuue^  2.  t/». 
à  T^ieu  ,  ouuriers  fans  re-  2* I5' 
proche,  detaillans  droite- 
ment  la  parole  de  vérité. 
C'eft  ainfi  ,  que  nous  nous  r#  r/;„ 
fauuerons&  ceux  qui  nous  *  *- 
efeoutent. 

Et  quant  à  vous  très- 
I  z 


î#o  tAmbajJàde 
chers  &  bien-aymez ,  qui 
eftes  pour  ouïr  ,  &  .non 
pour  parler  en  l'Eglife; 
comptez  pour  vn  grand 
avantage,  voire  pour  la 
plus  fignalee  faueur  que 
vous  ayez  receu  de  Dieu 
qu'il  vous  ayt  enuoyé  Ces 
feruiteurs.  C'eftoit  bien 
anciennement  vne  marque 
de  maledi&ion,  quand  on 
fèmoitdu  fêl  fur  vne  terre, 
comme  il  fè  peut  recueil- 
lir de  l'Efcriture*.  Mais  ce 
vous  eltaujourd'huy  vn  (î- 
gned'vne  grande  benedi- 
dion  ,  quand  vous  auez 
parmy  vous,  ceux,  que  la 
mefme  Efcriture  appale  le 


du  CieL  ioi 

fel  de  la  terre ,  &  que  ce***** 
felfpirituel,par  manière  de13' 
dire,  eft  comme  fèmé  fur 
la  terre  ou  vous  habitez. 
Rare  &  exquis  fut  le  béné- 
fice, que  Dieu  conféra  aux 
Sages  d'Orient  ;  quand  il 
fit  leuer  fur  eux  extraordi- 
nairement  vne  Eûoile  dâs 
le  ciel ,  pour  les  conduire 
à  Iefus-Chrift,  le  leur  faire 
voir  en  ù.  nai(fance,&  ado- 
rer en  fon  infirmité  :  mais 
combien  plus  precieufè  eft 
la  gratuité  du  Seigneur  en* 
uers  vous,  lors  qu'en  ces 
derniers  temps,d5vne  façon 
toute  miraculeufe,  il  a  fait 
leuer  fur  vous  vn  fi  grand 


loi  tÀmhfiffade 
nombre  de  ce&Eftoiles  dot 
parle  le  faind  Efprit  au 
y«fi  io.  premier  de  i'Apocalyfè,  & 
qu'il  vous  a  fiifcité  tant 
d'excellens  Pafteurs  qui 
vous  ont  amenez  à  la  vraye 
&  falutaire  cognoiffance 
de  voftre  Rédempteur, 
Quel  honneur  vous  eft-ce 
que  le  grand  Dieu  des 
Cieux  s'abbaifle  iuiques 
là,  que  de  vous  enuoyer 
{qs  Ambafladeurs  ,  pour 
vous  porter  l'Euangiie  de 
fa  Grâce  5  pour  vous  ex- 
horter &  fupplier  pour 
Chrift  ,  que  vous  luy  fo- 
yez  reconciliez  ?  N'y  a-il 
pas  icy  dequoy  vous  c& 


du  C*e^  xo3 

crier  à  prefent,  tous  paf- 
niez,  d'aife  &  de  contente- 
ment, 0  que  tes  ftedsfontefa%t7 
beaux  de  ceux  qui  annon^ 
cent  la  faix  &  qui  difent 
à  Sion  ton  Dieu  règne. 
Le  principal  pour  vous  eft, 
que  reflcntans  iufques  au 
vif  ce  tefmoignage  de  l'a- 
mour de  Dieu  en  voftre 
endroit ,  vous  en  foycz  à 
bon  eicient  émeus  à  obéir*)  H<b.  i3, 
félon  qu'il  vous  l'ordonne,17, 
à  tous  vos  conduSieurs 
qui  veillent  pour  vos  âmes: 
à  profiter  Ci  bien  de  leurs 
enfeignemens,  que  la  pie- 
té paroifle  dans  toute  vo- 
ftre conuer&tion  en  fbn 

14 


io4        l'Ambajfadc 
plus  haut  éclat  :  rendans , 
comme  à  Dieu  ,  auflft  au 
Prince  que  Dieu  en  fa  be- 
nedtôiô  a  efleué  fur  vous, 
les  deuoirs  d'vne  obeïflàn- 
ce  parfaite  &  d'vne  fidéli- 
té   inuiolable  -,    aufquels 
vous  eftes  engagez,  &  par 
la    confcience  ,   comme 
Chreftiens;&  par  la  Na- 
ture ,  comme  François;  & 
par  tant  de  biens-faits>que 
vous    receuez    iournelle- 
mçnt  de  fa  bonté  royale: 
entre  lefquels  vous  ne  de- 
uez  pas  placer.au  dernier 
rang  ^  celuy  qu'il  vous  a 
maintenant  o&royé ,  qui 
cft  la  permiflion  de  nous 


dw  fiel.  105 

aflèmbler  fous  fbn  autho^ 
rite,  pourconfèruer  au  mi- 
lieu de  nous  Tordre  pure- 
ment Eccfciïaftique,  ielon 
lequel  nos  troupeaux  font 
reiglez  &  conduits.  Que 
donc  toutes  ces  confédé- 
rations enfèmble  vous 
portent  ,  à  rendre  à  fa  Ma- 
jefté ,  &  vos  plus  grands 
refpe&s,  &  vos  plus  hum- 
bles fubmiflîons  :  à  n'a- 
ûoir ,  ny  haleine  de  vie 
dans  le  corps  >  ny  goûte 
de  (âng  dedans  les  veines, 
ny  bien  aucun  dedans  vos 
poflêflîons  i  que  vous 
n'employiez, le  tout,  mais 
mec  allegreffe  ,  au  bien 

15 


io6  l'iAmbaffade 
de  fonferuice.  C'eftain- 
û  que  vous  attirerez  du 
Ciel  ,  &  fes  grâces  pour 
la  vie  prefènte  5  &  fès 
gloires  pour  celle  qui  eft 
à  venir. 

O  Seigneur  IESVS, 
qui  es  le  Souuerain  Pa- 
lpeur &  Euefque  de  nos 
smes  ,  touche  -fi  puit 
iamment  le  cœur  & 
des  Pafteurs  8c>des  trou- 
peaux >  à  s'àcquiter  fi- 
dèlement &  religieufè- 
ment  des  deuoirs  dont  ï 
ils  font  obligez  ,  que 
nous  puiflions  tous  & 
Pafteurs  &  troupeaux  y  ] 
nous  prefenter  vn    iour 


du  Ciel.         107 

auec  aflêurance  deuant 
ton  Throne  ,  pour  en- 
trer tous  enfemble  aïiec 
toy  y  en  la  jouyflance 
de  ta  félicité ,  ■&  là  triom- 
pher^ à  iamais  dans  ton 
Règne. 

Ainfi  foit-ïh 
F   1   N.    /